Un gigaoctet ne vaut pas 1 000 mégaoctets. Ou plutôt, ça dépend de qui parle. Toute la difficulté quand on cherche à convertir Go Mo tient dans cette ambiguïté entre le système décimal utilisé par les fabricants de disques et le système binaire employé par les systèmes d’exploitation.
Nous allons décortiquer ce qui se cache derrière ces unités, les pièges concrets que cela pose, et ce que la dernière mise à jour de Windows 11 change dans la lecture quotidienne des tailles de fichiers.
Conversion Go Mo : base 1 000 contre base 1 024
Le préfixe « giga » au sens SI (Système international) désigne un facteur 10⁹, soit exactement 1 000 000 000 d’octets. Divisé par 1 000 000, cela donne 1 000 Mo. C’est la convention qu’appliquent les constructeurs de disques durs et de SSD pour afficher la capacité sur l’emballage.
Les systèmes d’exploitation, eux, calculent en puissances de 2. 1 Go binaire vaut 1 024 Mo, car 1 Go = 2³⁰ octets = 1 073 741 824 octets, et 1 Mo = 2²⁰ octets = 1 048 576 octets. La division donne bien 1 024.
Pour lever l’ambiguïté, la Commission électrotechnique internationale (CEI) a introduit les préfixes binaires : gibioctet (Gio) et mébioctet (Mio). Linux les utilise parfois, Windows et macOS presque jamais. Nous observons que la majorité des utilisateurs ignorent cette distinction, ce qui génère de la confusion dès qu’il s’agit de vérifier un espace disque ou d’estimer la taille d’un transfert.
Tableau de conversion rapide
| Valeur de départ | Résultat (décimal, SI) | Résultat (binaire, CEI) |
|---|---|---|
| 1 Go | 1 000 Mo | 1 024 Mio |
| 2 Go | 2 000 Mo | 2 048 Mio |
| 0,5 Go | 500 Mo | 512 Mio |
| 1 Mo | 1 000 Ko | 1 024 Kio |
L’écart peut sembler négligeable sur de petites valeurs. Sur un disque vendu pour 1 To, la différence entre la capacité annoncée (1 000 Go décimaux) et la capacité affichée par l’OS (environ 931 Go binaires) atteint plusieurs dizaines de gigaoctets.

Tailles de fichiers courantes : savoir lire sans convertisseur
Plutôt que de lancer un outil de conversion à chaque fois, nous recommandons de mémoriser quelques ordres de grandeur. Un fichier PDF d’une dizaine de pages pèse entre 1 et 5 Mo. Une photo prise par un smartphone récent oscille entre 3 et 8 Mo selon la résolution et le format (HEIF, JPEG, RAW).
- Un document texte brut (.txt) de quelques pages : quelques dizaines de Ko
- Une chanson en MP3 encodée à 320 kbps pour environ 4 minutes : autour de 9 Mo
- Une vidéo en 1080p d’une minute : entre 100 et 200 Mo selon le codec
- Une image disque ISO d’un système d’exploitation : plusieurs Go
Ces repères permettent de détecter immédiatement une anomalie. Un PDF qui affiche 150 Mo contient probablement des images non compressées. Un fichier vidéo de 30 secondes qui pèse 2 Go n’a pas été réencodé après le montage.
Windows 11 KB5101684 : l’affichage des tailles enfin lisible
Jusqu’à récemment, la vue Détails de l’Explorateur Windows affichait toutes les tailles de fichiers en kilooctets, quelle que soit la taille réelle. Un film de plusieurs gigaoctets apparaissait sous forme d’un nombre à sept ou huit chiffres, illisible sans calcul mental.
La mise à jour cumulative KB5101684, publiée les 28-29 juillet 2026, corrige ce comportement. Windows choisit désormais automatiquement l’unité la plus lisible (Ko, Mo ou Go) pour chaque fichier dans la colonne « Taille ». Un fichier de 10 Mo s’affiche comme tel, sans passer par « 10 240 Ko ».
Activation avec ViveTool si la fonction n’apparaît pas
Microsoft déploie cette fonctionnalité par vagues. Un PC à jour peut donc continuer à afficher les tailles uniquement en Ko. Pour forcer l’activation, il faut utiliser l’outil tiers ViveTool avec la commande suivante :
vivetool /enable /id:61014711
Cette commande s’exécute en invite de commandes avec droits administrateur. Après redémarrage, la colonne Taille adopte le nouvel affichage adaptatif. C’est un changement mineur en apparence, mais il supprime une friction quotidienne pour quiconque gère des fichiers volumineux.

Stockage annoncé et espace réel : pourquoi l’écart persiste
La confusion entre Go décimaux et Go binaires n’est pas un bug. Les fabricants de stockage utilisent le système décimal parce qu’il produit des chiffres plus élevés, donc plus vendeurs. L’écart entre capacité annoncée et capacité utilisable atteint environ 7 % par palier de puissance de dix.
Concrètement, cela signifie qu’un disque étiqueté 512 Go n’affichera jamais 512 Go dans le gestionnaire de disques de Windows. L’OS calcule en binaire et présente une valeur inférieure. Ajoutez à cela la partition de récupération et le formatage, et l’espace réellement disponible recule encore.
- Clé USB de 32 Go (décimal) : environ 29,8 Go affichés par l’OS
- SSD de 1 To (décimal) : environ 931 Go affichés
- Carte microSD de 256 Go : environ 238 Go exploitables
Ce n’est pas une tromperie au sens juridique, mais c’est une source de frustration récurrente. Nous recommandons de toujours prévoir une marge lors du dimensionnement d’un espace de stockage pour un projet (sauvegarde, archivage vidéo, base de données).
Bits et octets : la confusion qui fausse les débits
Un octet regroupe 8 bits. Les fournisseurs d’accès internet expriment les débits en mégabits par seconde (Mbps), tandis que les logiciels de transfert affichent la vitesse en mégaoctets par seconde (Mo/s). Diviser le débit annoncé par 8 donne le débit réel en Mo/s.
Une connexion fibre à 1 Gbps (1 000 Mbps) permet théoriquement de transférer 125 Mo par seconde, pas 1 000. L’écart entre l’attente et la réalité est facteur 8, ce qui explique pourquoi un téléchargement de fichier semble toujours plus lent que ce que le contrat FAI laisse supposer.
Lors du dimensionnement d’une infrastructure réseau ou du choix d’un hébergement, cette conversion bits/octets est la première vérification à faire. Ne pas la maîtriser revient à comparer des kilomètres avec des miles sans table de correspondance.