Le secteur numérique français a perdu environ 7 500 emplois nets en 2024 selon Numeum, après une décennie de croissance ininterrompue qui avait porté les effectifs à quelque 666 000 salariés. Ce trou d’air ne signifie pas que les recrutements se sont arrêtés. Les entreprises ont continué à publier des centaines de milliers d’offres, mais le marché est devenu nettement plus sélectif sur les profils recherchés.
Emploi numérique en 2024 : un marché qui trie plus qu’il ne ralentit
France Travail a recensé plus de 77 800 projets de recrutement dans les métiers du numérique en 2024, avec environ 424 200 offres d’emploi diffusées. Le volume reste donc conséquent. Le problème se situe côté adéquation : jusqu’à 85 % de ces recrutements sont jugés difficiles par les employeurs, faute de compétences adaptées.
Nous observons un décalage croissant entre les profils disponibles sur le marché et les besoins réels des entreprises. Les postes généralistes en développement ou en support attirent suffisamment de candidats. Les postes spécialisés en cybersécurité, en ingénierie cloud ou en gestion de projets data restent vacants pendant des mois.
Ce phénomène explique pourquoi les chiffres globaux de l’emploi peuvent baisser alors que certaines niches affichent des tensions extrêmes. Le secteur ne manque pas de postes, il manque de candidats qualifiés sur les segments à forte valeur ajoutée.

Ingénieurs cybersécurité et cloud : les profils que les entreprises s’arrachent
La cybersécurité concentre les plus grandes difficultés de recrutement. Les entreprises exposées à des obligations réglementaires (NIS2, DORA dans la finance) cherchent des ingénieurs capables de piloter la conformité technique et d’auditer des systèmes d’information complexes. Les profils RSSI ou architectes sécurité cumulent souvent plusieurs propositions simultanées.
Le cloud suit une trajectoire similaire. La migration vers des infrastructures hybrides (cloud public, cloud privé, on-premise) nécessite des compétences qui ne se résument pas à savoir déployer sur AWS ou Azure. Les entreprises recherchent des profils capables de concevoir des architectures résilientes, d’optimiser les coûts d’exploitation et de gérer la souveraineté des données.
- Les ingénieurs en sécurité des systèmes d’information figurent parmi les postes où le ratio candidats/offres est le plus déséquilibré, avec des délais de recrutement qui dépassent régulièrement six mois
- Les architectes cloud et DevOps seniors sont sollicités aussi bien par les ESN que par les directions informatiques internes des grands groupes
- Les consultants en conformité réglementaire IT (RGPD, NIS2) combinent compétences juridiques et techniques, un profil rare que peu de formations produisent
Intelligence artificielle et données : recruter au-delà du buzz
L’intelligence artificielle a dominé les annonces de recrutement en 2024. Selon la Grande école du numérique, les entreprises ont prioritairement ciblé des experts en IA pour leurs créations de postes en CDI. Nous recommandons de distinguer deux réalités derrière ce terme.
La première concerne les data engineers et ML engineers qui industrialisent des pipelines de données. Ces profils existaient avant la vague générative et restent le socle technique de tout projet IA. La seconde vise les spécialistes du fine-tuning de modèles de langage et de l’intégration d’IA générative dans des produits existants. Ce second segment est plus récent et les référentiels de compétences ne sont pas encore stabilisés.
Les entreprises exposées à l’IA embauchent significativement plus que les autres, selon le baromètre PwC 2026. Le recrutement ne porte pas uniquement sur des data scientists. Les postes de prompt engineers, d’AI product managers ou de responsables éthique IA émergent dans les organigrammes sans correspondre à des fiches métiers classiques.
Compétences recherchées en projets data et IA
Les recruteurs filtrent sur la maîtrise des frameworks de production (MLflow, Kubeflow) plutôt que sur la connaissance théorique des algorithmes. Savoir mettre un modèle en production pèse plus qu’un doctorat dans la majorité des offres publiées.
La gouvernance des données constitue un autre axe de recrutement. Les entreprises structurent leurs data offices et cherchent des profils capables de définir des politiques de qualité, de cataloguer les actifs data et de garantir la traçabilité des traitements.
Formation et reconversion informatique : ce que le marché absorbe réellement
Numeum anticipe une reprise en 2026, avec une croissance de 4,3 % du marché numérique tirée par les éditeurs de logiciels et plateformes. Cette projection redonne de la visibilité aux candidats en reconversion, à condition de cibler les bons segments.
Les formations courtes (bootcamps, certifications cloud ou cybersécurité) produisent des profils opérationnels sur les postes en tension. Les parcours de reconversion vers le développement web généraliste, en revanche, arrivent sur un segment où la concurrence entre candidats s’est durcie.
- Les certifications éditeur (AWS Solutions Architect, Azure Administrator, Google Cloud Professional) restent un signal fort pour les recruteurs en infrastructure cloud
- Les formations en cybersécurité orientées conformité (ISO 27001 Lead Implementer, CISSP) ouvrent des portes y compris à des profils non techniques issus de l’audit ou du juridique
- Les parcours data engineering (SQL avancé, orchestration de pipelines, conteneurisation) correspondent aux postes les plus demandés dans les projets IA
Le marché de l’emploi informatique en 2024 a cessé d’absorber tous les profils sans distinction. Les métiers qui recrutent partagent un point commun : ils répondent à des contraintes réglementaires, sécuritaires ou d’industrialisation que les entreprises ne peuvent pas reporter. Cibler ces segments précis reste la stratégie la plus fiable pour s’insérer ou évoluer dans le secteur numérique.